Cambodge | Histoire et patrimoine
Le Bayon, joyau d’Angkor Thom
Article précédemment publié dans le Plus d’Arts et Vie (Hiver 2012)
Longtemps méconnu, décrit avec admiration par une poignée d’explorateurs, le site d’Angkor fut oublié et livré à la jungle pendant plus de deux siècles avant d’être redécouvert à la fin du XIXe par Henri Mouhot puis ouvert aux visiteurs en 1908. Écrivains, artistes et hommes politiques européens s’y succédèrent alors, éblouis par cet immense parc archéologique recelant les admirables vestiges des différentes capitales de l’Empire khmer, qui rayonna entre le IXe et le XVe siècle. Angkor constitua ainsi l’un des plus grands chantiers archéologiques du monde tout au long du XXe siècle. Mais de 1970 à 1990, la guerre civile et l’occupation des sites par les Khmers rouges réduisit presque à néant ce travail et il fallut attendre le classement au patrimoine mondial de l’Unesco en 1992 pour que le site retrouve sa splendeur.
Angkor Thom, la “Grande Capitale”
L’histoire des monuments d’Angkor est extrêmement complexe, tant en raison de leur multiplicité, de leur chronologie, des périodes répertoriées que des symboliques (cosmologique, religieuse, royale) qui y sont attachées, et continue aujourd’hui de faire couler de l’encre chez les historiens d’art. Parmi les nombreux sites qui parsèment les 400 km2 du parc, l’ensemble d’Angkor Thom présente les vestiges de la “Grande Capitale” fondée au XIIIe siècle par le roi bouddhiste Jayavarman VII. Fort de ses succès militaires face aux Chams, Jayavarman VII initia avec l’édification d’Angkor Thom une politique de construction encore jamais atteinte : on estime que cette ville fortifiée, bâtie sur un plan prenant la forme d’un mandala (représentation géométrique et symbolique de l’univers, dans le brahmanisme et le bouddhisme) de 10 km2 de superficie, devait abriter plusieurs centaines de milliers d’habitants. La puissante muraille qui la cernait mesurait 8 m de haut et 12 km de circonférence, complétée de fossés larges de 100 m infestés de crocodiles. Dotée en outre d’un important système de canaux, elle est autant une place forte que la représentation de la demeure des dieux telle que les Khmers se la représentaient.
Le Bayon, temple-montagne
Ce microcosme est centré autour du Bayon, temple-montagne qui constitue l’un des monuments les plus fascinants d’Angkor. Ce temple à trois niveaux, plus massif que celui d’Angkor Vat, marque l’apogée de l’art bouddhique khmer par la finesse du travail des statues et des bas-reliefs représentant des scènes de bataille et de vie quotidienne. À la différence de la plupart des autres monuments d’Angkor, le Bayon est conçu selon un plan complexe composé de galeries, d’escaliers et de corridors enchevêtrés, mais surtout d’innombrables tours portant sur chacune de leurs quatre faces de larges visages sculptés, orientés vers les points cardinaux. Ces quelques 200 visages énigmatiques seraient une représentation du bouddha de la Compassion. Mais pour certains, le visage du bodhisattva se fondrait avec celui du roi lui-même, Jayavarman VII, dont le Bayon constituait le temple d’état.
L’ensemble, de dimension monumentale, à la fois ville fortifiée et cité des dieux, symbolisait l’Empire khmer en miniature, et constitua la troisième et dernière cité impériale d’Angkor. La magnificence d’Angkor Thom était telle qu’aucun des successeurs de Jayavarman VII ne jugea bon de la remplacer ni d’ajouter le moindre grand monument à l’ensemble existant. Aujourd’hui, le cheminement au sein de ce sanctuaire labyrinthique sous l’œil attentif de ces larges visages énigmatiques au sourire sibyllin constitue l’un des points culminants de la visite d’Angkor.
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